La rivière n’avait pas dit son dernier mot et tout le monde au village savait cela : l’automne ne s’achèverait pas sans de nouvelles victimes…  Quelques individus plus ou moins innocents qui finiraient leur vie broyés ou noyés au fond d’un cours d’eau intraitable.

Les accidents avaient tous lieu au même endroit, un peu plus loin en amont, près de la maison des sœurs Richmond, à quelques coups de rame du vieux rocher. Un endroit qui ressemble à beaucoup d’autres sur la rivière…Des accidents…

Les autorités décidèrent d’interdire l’accès à la rivière, d’expliquer aux villageois qu’ils ne pourraient plus pêcher ni naviguer ; même si personne ne savait vraiment pourquoi…

La population fut très triste car la rivière était la grande fierté de Sweet Town. Mais il valait mieux être prudent.  Il…

***

 

Ce soir-là,  Spencer et sa bande décidèrent de braver les interdictions.

La peur, la nuit d’Halloween… Une ballade en barque était, à leurs yeux, le moyen idéal de faire monter l’adrénaline.

Spencer n’avait pas éprouvé de grandes difficultés à convaincre les autres.  La rivière n’était pas dangereuse ! Tout le monde faisait semblant. Les victimes avaient simplement fait preuve d’imprudence… De simples accidents…

Pourtant, au moment d’embarquer, les membres du petit équipage ne purent s’empêcher de ressentir un indicible malaise.

***

C’était une nuit calme et autoritaire. Des formes étranges filtraient dans l’obscurité et la lune tirait méthodiquement les ficelles de ces marionnettes d’ombre et de lumière.

La bande de Spencer se laissait dériver au fil de l’eau et c’est avec une relative insouciance qu’elle se rapprochait du vieux rocher et de la maison des sœurs Richmond.

Tom, le petit frère de Spencer, fut le premier à  éprouver des difficultés pour trouver sa respiration. Il haleta plusieurs fois, tenta de se calmer mais rien n’y fit.  Il s’étouffa mystérieusement sans que son frère ou ses amis aient pu lui venir en aide.

Ensuite, ce fut leur tour. Un par un, les adolescents sentirent leur gorge se serrer, se tordre, se liquéfier… Ils moururent sans comprendre.

Lorsque le petit vaisseau fantôme arriva à hauteur de la maison des Richmond, personne ne vit les sœurs à leur fenêtre. Pourtant, elles étaient là ; je vous l’assure.

Et un sourire radieux illumina leur visage lorsqu’elles virent les cadavres dans la barque. Apparemment, elles n’avaient pas perdu la main…

***

Au même moment, les enfants du village allaient de maisons en maisons en posant leurs conditions : la bourse ou la vie ! et s’en allaient les poches pleines de bonbons.

Lorsqu’il sonna chez les sœurs Richmond, le jeune Nicholas ne savait pas qu’ici les négociations s’annonçaient  plus difficiles....

 

 

Arnaud De Handschutter

Octobre 2001

 

 

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