Une nuit au bord du lac ?

 

 


Le silence est toujours plus agréable lorsqu'on peut le partager... Et je suis très content que Maria l'ait compris très tôt. Elle parle très peu, se contente d'un regard, d'un geste à peine ébauché... Pas besoin de superflu.

Nous communiquons, bien sûr ! Comme tous les gens normaux, quoi... Mais lorsqu'il n'y a rien à dire, nous en profitons pour écouter. Car Maria ne se contente pas de me comprendre. Elle aime vraiment le silence. Peut-être pas autant que moi. Peut-être aussi qu'elle ne l'aime pas du tout, que je me fais des idées... Tant pis.

Ce soir-là, nous étions seuls. Je veux dire vraiment seuls au monde. J'étais passé la prendre comme tous les soirs ou presque depuis deux mois. Nous avions programmé un dîner dans le centre, mais ce n'était pas une bonne idée. Nous avons changé d'avis : une crasse au coin de la rue ferait l'affaire. Après, hop !, un petit tour à la campagne pour se rafraîchir les narines.

Nous avons fait quelques kilomètres avant de nous égarer sur les petites routes. Volontairement, hein! J'ai un sens de l'orientation très poussé et je m'égare souvent en toute connaissance de cause. Pour rechercher des coins silencieux. C'est Maria qui aperçu le lac. Il scintillait et semblait accueillant. Nous nous sommes arrêtés...

Je ne saurais pas vous dire combien de temps nous sommes restés allongés comme ça. Une heure? Deux? Trois? Peu importe, nous étions biens. Les cris de la civilisation ne parvenaient plus à nos oreilles. Le murmure de l'eau les avait remplacés. L'herbe, fraîchement coupée, sentait bon. Le soleil d'octobre se contentait de nous réchauffer un peu, comme à l'habitude. Dans sa lumière, le visage de Maria me sembla quelque peu différent. Plus doux.

Deux heures? Trois? Toujours est-il qu'il faisait nuit noire lorsqu'elle prononça ses premiers mots de la soirée.

— Il vaudrait mieux rentrer, non? Il se fait tard et je bosse demain, moi. En plus, il paraît que les promenades nocturnes sont dangereuses, ajouta-t-elle.

Ce furent les derniers mots qu'elle prononça... 

— Profitons-en encore un tout petit moment. Avec l'hiver qui s'annonce, nous n'aurons probablement plus d'occasion avant la saison prochaine.

Elle acquiesça : un tout petit moment ce n'était rien. Elle savait que, dans mon vocabulaire, cela ne représentait pas plus de quelques minutes.

Mais dans certaines circonstances, ces minutes peuvent se transformer en une éternité. Comme si le temps suspendait son vol, brisé net par un événement inattendu. A l'heure où j'écris, ces quelques minutes sont toujours en transit au fin fond de ma mémoire. Elles ne s'écoulent pas. Elles ne s'écouleront jamais.

Nous n’avons pas entendu l’homme arriver derrière nous. Pas un instant nous n’avons cessé de nous sentir en sécurité. Et longtemps, je me suis demandé comment il s’était débrouillé pour ne pas faire de bruits…

C’était un 30 octobre et ce soir-là, contrairement à ce que je pensais naïvement, nous n’étions pas vraiment seuls au monde…


                                              Arnaud De Handschutter


 


 

 

 

 

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