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En tout bien tout honneur, on peut marcher de fleur en fleur dans les jardins, visiter la giroflée comme on prendrait le thé chez une élégante confinée dans son velours grenat, désirer sagement le bouton de cognassier, comme on aurait envie d'une glace italienne panachée fraise et vanille, s'embarquer quelques secondes sous le parapluie chinois de l'ancolie. Mais la pivoine vous attend toujours au détour d'un buisson, et l'on risque aussitôt l'outrage aux bonnes moeurs. Si ronde, si pleine, si sûre d'elle, elle n'en finit pas de se gonfler. Même en bouton, elle déploie ses courbes avec la volupté d'une belle dormeuse dans ses draps, feignant le plaisir du sommeil - car son bonheur est d'être regardée. Offerte, la pivoine, pulpeuse dès l'enfance, accablée de langueur au creux de son berceau ... Et puis si vite déployée, si généreuse de pétales, et ce rouge au-delà du goût ... Grenade, violet-mauve, et quelquefois framboise sous ciel gris... Ce n'est plus une couleur, mais la métamorphose d'un abandon : juste ce qu'il faut de secret lourd pour que sa sensualité ne glisse pas vers une invite molle. Comment ne pas rester quelques instants
devant ce flamboyant spectacle, séduit, un peu gêné, pourtant ? La pivoine est
compromettante. Sucre et poivre mêlés, elle promet toutes les saveurs : la
regarder semble un péché. Mais l'attentat en reste là, la Mondaine ne sera pas
alertée ; au premier orage, la pivoine se délave, se disperse, et de l'envie on
passe à la pitié. Allumeuse, elle ne brûle que pour elle, et solitaire meurt en
papier buvard pâle au hasard des allées. |
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